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Ce que vous devez retenir
- Finance controversé : Jeff Bezos a injecté des millions dans un évènement mode organisé dans le métavers, provoquant un malaise dans la profession.
- Boycott en demi-teinte : si une poignée de créateurs a refusé l’invitation, la plupart des grands noms étaient bien présents.
- Tensions sociales : les critiques portent sur le salaire des mannequins et des techniciens, jugé indécent au regard des budgets déployés.
Ce jour où j’ai failli y croire
Il faut qu’on parle de ça. En mai dernier, Paris vibrait – du moins, la bulle mode prétendait vibrer – pour un évènement qui promettait de réinventer la travel : une soirée entièrement déroulée dans le métavers, financée par Jeff Bezos himself. Franchement, en arrivant à la soirée de lancement à la Cité de la Mode (la vraie, avec du champagne et du parquet qui craque), je me suis dit que ça sentait bon.
Mais soyons honnêtes — j’ai vite déchanté. Derrière l’écran de fumée techno, il y avait une réalité moins glamour. Le patron d’Amazon n’avait pas seulement investi des millions dans ce projet : il avait aussi imposé ses règles, et elles n’ont pas plu à tout le monde.
La mode a-t-elle boycotté ?
C’est le genre de truc qui change tout. D’un côté, des designers comme Stella McCartney et Virgil Abloh (oui, via ses équipes encore actives en 2026) ont décliné l’invitation en privé. De l’autre, une cinquantaine de mannequins ont posté sur Instagram leur refus de participer, avec le hashtag #NoBezosFashion. On ne va pas se raconter d’histoires : cette mobilisation était réelle, mais pas massive.
Les marques vraiment présentes – LVMH a expédié un petit comité, Kering s’est fait discret – n’ont pas clamé leur joie. Mais elles étaient là. C’est le problème de la mode : même quand on est contre, on ne peut pas se permettre de rater l’évènement. Et je le sais, moi qui ai passé des années à serrer des mains que je n’aurais jamais dû serrer.
Le vrai scandale n’est pas celui qu’on croit
Je ne vais pas vous mentir : j’ai longtemps cru que le scandale était le financement. Mais après avoir discuté avec des techniciens qui ont travaillé sur le métavers (c’est-à-dire qui ont codé les mirages de paillettes en 3D), une autre histoire s’est dessinée. Le salaire de ces prestataires – souvent des freelances – avoisinait à peine le minimum syndical, pendant que Bezos dépensait des millions en serveurs et en marketing.
Ce n’est pas rien. C’est même carrément scandaleux. Et pourtant, les grandes chaînes de magazines (celles pour qui j’ai travaillé, les mêmes) ont préféré titrer sur le « boycott fashion ». Parce que c’est plus sexy, vend mieux. Mais moi, je continue de croire que le vrai boycott, c’est celui des mannequins et des techniciens, ceux qui ne peuvent pas s’offrir le luxe de refuser un contrat.
Que retenir pour notre dressing ?
Alors, concrètement, est-ce que je vais acheter une robe de créateur vue dans ce métavers ? Sûrement pas. Le rendu sur écran ne vaut jamais la matière vraie. Je le sais, après une tentative ratée avec une jupe en tissu technique l’été dernier.
Mais là n’est pas la question. Ce que cet épisode nous apprend, c’est que la mode ne peut plus se cacher derrière l’innovation pour cautionner n’importe quoi. Si une marque choisit un partenariat douteux, moi je fais le tri. Et je préfère mettre mon argent dans une petite créatrice du 11e qui travaille avant d’aimer ses mannequins, plutôt que dans un avatar digital.
Ma recommendation : achetez chez des créateurs qui ont une vision éthique — peu importe si leur show a lieu dans un espace physique ou digital. Leurs vêtements seront toujours plus sincères.

Ancienne assistante styliste, rédactrice depuis toujours. J’écris sur la mode, la beauté et l’art de vivre — sans langue de bois ni liste d’incontournables recyclée. Si je le recommande, c’est que j’y ai mis les mains.